Un contrat qui coule de source

Au début des années 1990, la nature autour des rivières wallonnes est fortement dégradée. Pour y remédier, IEW propose de s’inspirer des contrats de rivière mis en place en France depuis une dizaine d’années. L’idée est de rassembler l’ensemble des acteurs locaux impliqués dans l’utilisation d’une rivière et de son bassin, pour mettre en place une gestion intégrée de ses ressources. Soutenu par la Fondation Roi Baudouin, un projet pilote est lancé en 1991 dans la Haute-Meuse. Le territoire concerné comprend 40 km de fleuve ainsi que les flancs de la vallée, et va de la frontière française à l’écluse de La Plante à Namur. Catherine Hallet, alors chargée de mission au sein d’IEW, coordonne cette première expérience.

Sa première démarche sera de rencontrer tous les bourgmestres des communes concernées, et de dresser un répertoire des activités réalisées autour des berges. Les responsables des infrastructures, de la navigation fluviale, des travaux publics, des clubs sportifs ou des associations de pêche de chaque commune ont été invités à des réunions d’information. Des séances de travail ont ensuite permis de déterminer ce que chacun pouvait faire à son niveau pour améliorer la situation au niveau de la Haute-Meuse. « La bonne surprise, c’est que le projet a globalement été très bien reçu. D’une part parce que notre démarche était appuyée par certaines personnes fort sensibles à la cause, comme le Gouverneur de la Province de Namur et le Secrétaire général du Ministère de l’Equipement et des Transports wallon, et d’autre part parce que les gens se sentaient concernés par les dégradations du fleuve visibles dans le paysage… »

Les rares réticences ont d’autant moins duré que, dès le premier diagnostic du territoire, il est apparu que la dégradation de la qualité de la Meuse était loin d’être inéluctable. « Les soucis venaient principalement du fait que chaque acteur n’avait jusque-là pris en compte le milieu que sous l’angle qui le concernait directement. Par exemple, quand on rénovait des écluses pour la navigation fluviale, on dégradait les habitats pour la faune. On passait aussi à côté de belles opportunités : lors des dragages, l’exportation des galets coûtait cher, alors qu’on pouvait les valoriser là où le fleuve est plus large pour recréer des hauts fonds permettant à la végétation puis à des frayères de se réimplanter. »

La restauration apparait dès lors assez facile à mettre en œuvre : cette première année de travail permet de montrer que de petites actions peu contraignantes, ajoutées les unes aux autres, permettent de préserver les valeurs paysagères et biologiques de la Meuse. Cette gestion décloisonnée et plurifonctionnelle retient l’attention de la Région wallonne, qui soutient le projet dès 1993. En 1994, la Charte de la Haute-Meuse reprend les solutions consensuelles répertoriées par ses signataires, et en 1996, la signature du Contrat de Rivière proprement dit ouvre la voie à une longue série d’autres projets. Aujourd’hui, les 16 contrats de rivière que compte la Wallonie continuent à démontrer leur utilité à chaque bilan de leurs actions, tous les 2 ans. « Il reste encore du boulot pour de nombreuses années, car on est allés très loin dans la dégradation de la nature. Ce n’est pas qu’une question d’environnement : restaurer le cadre de vie est important pour la survie de la planète mais aussi pour notre santé mentale et sociétale. »

© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: Catherine Hallet

Catégorie: Toute l’histoire

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