Sortir du « tout à l’auto »

Au début du XXe siècle, le constructeur Henry Ford promettait « L’automobile pour tout le monde ». Un siècle plus tard, notre pays compte près d’une voiture pour deux habitants. En Belgique, les politiques, investissements et comportements des citoyens, tournés vers le « tout à l’auto » depuis les années 1950, ont toujours des incidences considérables sur l’environnement, la santé et la société. « 76 % des kilomètres parcourus par les citoyens belges le sont en voiture, et si 17 % des ménages belges ne possèdent pas de voiture, une grande partie de la population ne peut (ou ne veut) s’en passer », diagnostique Pierre courbe, Chargé de mission mobilité au sein d’IEW. En 2012, le secteur routier belge faisait 767 tués et 57.707 blessés, et contribuait à hauteur de 24,9 % aux émissions totales de CO2 du pays.

« Nous demandons aux pouvoirs publics de mettre en place des politiques visant à réduire la demande de mobilité, à favoriser des modes de déplacement moins polluants comme les transports en commun, le vélo, et la marche, et enfin à améliorer les rendements énergétiques et réduire les émissions spécifiques des véhicules. » Pour cela, les actions d’IEW se sont succédées au fil des années : « Avec des collectifs et associations, nous avons adopté une position commune au niveau local et régional et créé une plateforme pour lutter contre des projets routiers. Ce travail en réseau a, dans certains cas, été couronné de succès, mais pour d’autres, la prudence reste de mise : la culture automobile est toujours bien présente chez nombre d’élus et un projet « abandonné » sous la pression citoyenne peut ressortir des cartons de temps à autre. »

La Fédération IEW a aussi régulièrement lancé des plaidoyers politiques pour l’optimisation de la fiscalité automobile, notamment pour la suppression des avantages fiscaux des voitures de société. « Grâce à notre mobilisation, en 2007, nous avons pu éviter la suppression de la taxe de mise en circulation, un outil fiscal fondamental permettant d’orienter les achats vers les véhicules les moins polluants. IEW est depuis lors devenu un interlocuteur reconnu de l’Administration et du Cabinet du Ministre du Budget  sur les questions de fiscalité automobile. »

En 2008, la campagne « Affichez le CO2 » a elle aussi été couronnée de succès : « Les citoyens étaient invités à interpeller le SPF Economie et le Jury d’Ethique publicitaire concernant les pubs pour auto qui ne respectaient pas la législation relative à l’affichage des émissions de CO2. À l’époque, les émissions de CO2 étaient rarement mentionnées sur les publicités automobiles. Des affiches de 36 m2 les mentionnaient parfois en caractères de 7 mm de haut ! Même si la législation n’est pas encore totalement respectée, aujourd’hui, les émissions sont visibles et lisibles sur la plupart des publicités… »

Enfin, aujourd’hui encore, IEW travaille, au niveau européen, au renforcement et au respect des normes d’émissions de CO2 des véhicules, et à l’instauration d’une législation limitant la masse, la puissance, la vitesse de pointe et l’agressivité des voitures. « Mais sur ces dossiers les succès sont modestes : le lobby automobile européen dispose de forces disproportionnées par rapport à celles des ONG. On choisit donc des objectifs précis et limités, et l’on sait déjà que la lutte sera longue ! »

© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: Pierre Courbe

Catégorie: Toute l’histoire

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