Vers des territoires à énergie positive

En 1991, la Belgique est un désert en matière d’énergies renouvelables. Plusieurs associations, dont IEW, décident de créer l’Association pour la Promotion des Energies Renouvelables. L’APERe œuvre depuis lors pour le développement harmonieux des énergies renouvelables combiné à une utilisation rationnelle de l’énergie. Ses défis ont évolué au fil du temps : « Au début, il fallait montrer que les alternatives existaient », explique Michel Huart, Secrétaire général. « La production d’énergie était centralisée, sans remise en question des combustibles utilisés jusqu’alors, comme le pétrole, le charbon ou le nucléaire. Les citoyens et les entreprises n’étaient que des consommateurs. Notre objectif a d’abord été de faire émerger ces questions dans le débat de société. »

À l’aube des années 2000, l’APERe s’est lancée dans un autre chantier : « On a dû montrer que les systèmes solaire, éolien, hydroélectrique ou biomasse fonctionnaient. On a fait connaître les innovations réussies et on a donné des informations concrètes aux personnes désireuses de passer à l’acte. » C’est à cette période aussi que l’APERe s’est mobilisée pour que les énergies renouvelables puissent devenir rentables. « Comme le marché de l’énergie ne tient pas compte des coûts environnementaux ni des bénéfices sociaux qui peuvent être occasionnés par les activités de production, le renouvelable est pénalisé par rapport aux énergies classiques, centralisées, polluantes et risquées. » Il fallait donc équilibrer les choses. C’est ainsi par exemple que la Wallonie a mis en place des certificats verts pour encourager les entreprises, mais aussi les citoyens à mener des projets. « Les Wallons ont alors installé énormément de panneaux photovoltaïques, les installateurs se sont aguerris et leurs prix ont chutés. C’était une très bonne chose en soi, mais cela a nécessité un ajustement des mécanismes de soutien. »

Au-delà des polémiques qui ont suivi ce changement, il est remarquable de constater qu’en 5 ans la Wallonie s’est équipée de 120.000 installations photovoltaïques. L’éolien a fait son apparition en 1998 pour atteindre plus de 300 mâts en 2015. En dix ans, la part renouvelable dans la consommation électrique wallonne est passée de 2 % à 15 %. Du côté de ses consommations de combustibles, la substitution des énergies fossiles se concrétise avec l’apparition d’une production wallonne d’agrocarburant et l’essor de la biométhanisation et d’équipements de chauffage renouvelable : poêle au bois, chauffe-eau solaire, pompe à chaleur.

L’essor du renouvelable est bien amorcé et l’enjeu est de le voir continuer à progresser dans le mix énergétique des territoires, avec un objectif de 100 %. « Il reste encore des réticences, notamment par rapport à l’éolien : alors que ses bénéfices se mesurent à l’échelle régionale, l’impact de cette activité se mesure localement dans le paysage et non plus à l’étranger, comme c’était le cas jusque-là pour 85 % de notre énergie. Mais il faut réaliser qu’il est sans commune mesure par rapport celui de puits de pétrole ou d’usine de charbon. Le renouvelable est aussi une opportunité pour l’économie locale et les citoyens. Produire soi-même l’énergie dont on a besoin, et devenir consom’acteur donne de la fierté et diminue la convoitise de ressources lointaines ! C’est la raison pour laquelle on soutient aujourd’hui la mise en place de territoires à énergie positive. »

 

© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: Michel Huart

Catégorie: Toute l’histoire

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