Quand des navetteurs font bouger le rail

C’est l’histoire d’un ras-le-bol personnel qui débouche sur une initiative dont les bénéfices sont collectifs. En septembre 1998, Gianni Tabbone commence à faire quotidiennement la navette en train entre Liège et Bruxelles. Ce parcours journalier devient rapidement source d’agacements : « les retards, arrêts en rase campagne et autres déconvenues se succédaient sans que les voyageurs soient informés de leurs raisons ni de leur durées. » Mais plutôt que de râler dans son coin ou d’opter pour la voiture, Gianni Tabbone crée un forum sur internet : le navetteur déçu y voit l’opportunité de recueillir les témoignages d’autres d’usagers. « Je voulais savoir si d’autres personnes étaient dans la même galère que moi. » Les navetteurs sont rapidement nombreux à utiliser ce canal pour partager leurs questions et informations. Dans la foulée de cette première expérience, et encouragé par cette nouvelle communauté, Gianni Tabbone met en ligne le site web Navetteurs.be dans le but d’élargir la communication entre voyageurs, et de mieux les informer pour changer leur quotidien.

Le site devient une référence pour les usagers du rail… et un bel argument que Gianni n’hésite pas à mettre en avant lors de contacts avec le service clientèle de la SNCB.  « On démontrait chaque jour que de simples citoyens étaient capables de mettre en place un service qu’une société comme la SNCB ne parvenait pas à développer, avec des moyens financiers et humains pourtant bien plus importants. Il y a certainement eu d’autres éléments déclencheurs, mais notre action a poussé la SNCB à mettre elle-même en place des outils de communication performants, comme par exemple une application qui donne désormais les horaires de train en temps réel. »

En 2012, grâce au renfort de Gery Baele et Guy Cantraine, deux navetteurs de longue date, l’aventure prend un tour plus officiel, puisque Navetteurs.be acquiert le statut d’ASBL. Depuis lors,  l’association donne une tournure toujours plus constructive aux revendications qu’elle porte. « On ne se contente plus de dénoncer ce qui ne va pas mais on propose des solutions. Grâce aux réseaux sociaux qui permettent de rapidement faire circuler de l’information, on a pu libérer un peu de temps et de ressources pour travailler plus en profondeur sur de nouvelles problématiques rencontrées au quotidien par les usagers des transports en commun. On travaille pour ça main dans la main avec d’autres partenaires comme IEW, Test-Achats, et nos homologues néerlandophone de TreinTramBus. »

Outre les retards, toujours d’actualité sur certaines lignes qui restent la préoccupation principale des usagers du rail, la redynamisation de l’offre ferroviaire est un autre cheval de bataille de Navetteurs.be. « Malgré l’augmentation du nombre de voyageurs, ces dernières années, le nombre de trains par kilomètre n’a pas évolué. La SNCB travaille avec une enveloppe fermée que les responsables politiques ne sont pas prêts à ouvrir, donc lorsque l’offre est améliorée sur une ligne, elle se dégrade sur une autre. Et ce sont presque toujours les lignes rurales qui en font les frais. On n’arrête pas d’entendre les politiques encourager les citoyens à prendre les transports en commun et à laisser leur voiture au garage, mais si l’offre n’est pas plus ou moins équivalente au confort de la voiture, les mentalités ne changeront pas. »

© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: Gianni Tabbone

Catégorie: Toute l’histoire

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