Produits chimiques au quotidien

Au cours du siècle dernier, les produits chimiques ont envahi notre quotidien avant que l’on ne réalise l’impact de nombre d’entre eux sur la santé et l’environnement. Alors qu’au début des années 2000 plus de 100 000 substances chimiques sont accessibles sur son marché, l’Union européenne reconnaît alors que sa législation en la matière est inefficace et décide d’entreprendre sa réforme. En 2001, la Commission européenne publie un Livre blanc dans lequel elle propose l’élaboration d’un nouveau système de réglementation connu sous le nom de REACH (Registration, Evaluation and Authorization of Chemicals). Le système proposé doit permettre d’améliorer la connaissance des propriétés et utilisations des substances chimiques et le cas échéant, de prendre des mesures spécifiques à l’encontre des substances dangereuses. Dès ce moment, Inter-Environnement Wallonie a suivi ce dossier de près. « L’objectif de REACH étant de limiter l’accès au marché européen des substances chimiques les plus dangereuses, il fallait s’attendre à ce que ce projet subisse un fort lobby de la part de l’industrie chimique, et c’est ce qui s’est passé. » Chargée de mission Politique des produits, substances chimiques et pesticides depuis 2008, Valérie Xhonneux retrace les différentes étapes du long chemin semé d’embûches qui a précédé l’entrée en vigueur d’une des législations environnementales les plus importantes de l’Union européenne.

« Les entreprises européennes du secteur de la chimie industrielle ont d’abord montré leur forte  opposition au projet en tentant de minimiser l’impact des produits chimiques sur la santé des consommateurs et des travailleurs. » Des ONG environnementales internationales comme Greenpeace et WWF ont alors joué un rôle majeur dans l’évolution de ce bras de fer, en faisant appel à des données et expertises scientifiques. Fin 2003, le WWF a fait analyser le sang de 47 personnes provenant de toute l’Europe, parmi lesquelles de nombreux parlementaires européens. Ces échantillons ont révélé la présence d’un impressionnant cocktail de substances toxiques : un total de 76 produits chimiques toxiques différents ont été détectés dans le sang des volontaires testés, incluant des pesticides dont l’usage avait été prohibé plusieurs années auparavant… En 2004, la campagne Detox a largement médiatisé ces résultats, et IEW l’a relayée pour sensibiliser l’opinion publique et maintenir la pression sur les autorités pendant tout le processus de la négociation de la législation REACH. « On a organisé des manifestations et fait signer à des experts scientifiques mais aussi à des acteurs de la société civile un texte demandant aux autorités belges et européennes de plaider pour un règlement fort. »

Après plusieurs années d’efforts, le règlement REACH est enfin entré en vigueur le 1er juin 2007. « À côté de la règle fondamentale qu’il institue, selon laquelle un produit pour lequel on ne possède pas de données ne peut être mis sur le marché, il a permis d’obtenir une autre victoire majeure : le ‘renversement de la charge de la preuve’ confie la responsabilité de l’évaluation et de la gestion des risques des substances aux entreprises productrices et importatrices et non plus aux autorités administratives ! Néanmoins, il convient d’être attentif à sa mise en œuvre et à sa révision prochaine, qui pourrait faire la part belle aux seuls intérêts industriels… »

 

© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: Valérie Xhonneux

Catégorie: Toute l’histoire

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