Natagora

En 1973, la première loi belge sur la conservation de la nature a, notamment, créé le statut de réserves naturelles pour assurer une protection efficace des espèces et des milieux les plus rares et les plus fragiles. Ce statut peut être obtenu uniquement par les détenteurs de droits réels sur les terrains concernés. En 2001, le décret qui transpose les directives européennes « Natura 2000 » en droit wallon reprend explicitement cet outil comme moyen d’action.

Depuis sa fondation en 2003, Natagora poursuit le travail de ses prédécesseurs qui, depuis plusieurs générations, achètent ou louent des terrains présentant un intérêt biologique remarquable en Wallonie et à Bruxelles. Alors que la Wallonie compte aujourd’hui environ 12.000 hectares de réserves, 7.500 hectares sont domaniales et gérées par le Département Nature et Forêts, tandis que Natagora veille sur la presque totalité des 4.500 autres hectares, sur plus de 200 sites. Pour Emmanuël Sérusiaux, Président de Natagora, l’étendue de ces zones de protection reste insuffisante au regard des objectifs qu’il faudrait atteindre pour pouvoir enrayer l’érosion de la biodiversité. « Alors qu’en Flandre, les réserves naturelles représentent plus de 3 % du territoire, en Wallonie, elles occupent encore à ce jour moins d’1 % de la surface. C’est d’autant plus préoccupant qu’en Wallonie, 31 % des espèces sont en danger ou vulnérables et 9 % ont déjà disparu. Les scientifiques préconisent une couverture de 5 à 10 % pour la conservation des espèces et des habitats les plus fragiles. »

Pour Natagora, l’enjeu est donc aujourd’hui plus que jamais de maintenir ce cap, d’autant qu’il se situe lui-même encore très loin des objectifs, inscrits en 2006 et confirmés en 2013, dans la stratégie nationale pour la biodiversité : dans le cadre de la Convention sur la Diversité biologique des Nations Unies, la Belgique s’est engagée par ce texte à protéger « 17 % de ses zones terrestres et eaux intérieures. » Par ailleurs, la stratégie belge d’adaptation aux changements climatiques, approuvée en 2010, appelle aussi à conserver les écosystèmes les moins altérés.

Entretemps, pourtant, le Gouvernement Wallon a suspendu le mécanisme de co-financement qui soutenait, depuis 1986, la création de réserves naturelles par les associations volontaires. Jusquelà, quand une association de défense de la nature faisait l’acquisition d’un terrain, d’une prairie ou d’un bois pour y préserver et y développer la faune et la flore, elle pouvait compter sur 50 % de subsides régionaux. Il faut donc aujourd’hui faire sans ce partenariat, qui a permis de démultiplier les efforts des uns et des autres, et mettre en place un réseau de réserves agréées, ô combien nécessaires. « Ailleurs en Europe, le partenariat public-associatif a fait ses preuves. Pour continuer ce travail, Natagora doit désormais compter sur les dons et les legs qui lui sont faits et sur l’aide de l’Europe, notamment au travers des programmes Life de restauration de biotopes et d’habitats d’espèces dans des sites Natura 2000. Malgré ces difficultés, il faut poursuivre les acquisitions pour augmenter la surface protégée et améliorer le maillage entre les réserves existantes. Natagora compte donc bien réaliser l’objectif annoncé dans la Stratégie belge pour la biodiversité : un réseau écologiquement représentatif et bien relié d’aires protégées. »

 

© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: Emmanuël Sérusiaux

Catégorie: Toute l’histoire

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