Louvain-la-Neuve, utopie en construction

Dès la pose de la première pierre de Louvain-la-Neuve, en 1971, des membres de l’UCL, futurs habitants, ont voulu créer un organe « citoyen » autonome par rapport à l’Université, maître d’œuvre de la création de la ville. Un Conseil des Résidents rassemble alors des personnes désireuses de participer au modelage de cette ville nouvelle. À partir de l’été 1979, le Conseil des Résidents fut remplacé par l’Association des Habitants qui tient depuis lors le même rôle dynamique de porte-voix des habitants pour dialoguer avec les autorités, qu’il s’agisse de la ville, de l’université, ou des promoteurs immobiliers. Acteur véritable de l’installation de l’UCL à Louvain-la-Neuve, puis directeur financier de l’institution, André Ransart y réside depuis 1975 et fut très actif au sein de l’Association des Habitants dont il a été membre du Conseil d’administration durant 6 ans et Président durant 2 ans.

« Ce qui est remarquable à Louvain-la-Neuve, c’est la création d’un ensemble urbain en rupture avec la vision qu’on avait de la ville jusque-là. Cette ville nouvelle possède de nombreux traits que l’on  attribue à une ville durable. Elle n’en a pas encore toutes les caractéristiques, notamment en terme d’économies d’énergie, mais on y retrouve par exemple la volonté de créer un tissu urbain dense permettant de limiter l’usage de la voiture. »  Louvain-la-Neuve se distingue aussi des villes plus vieilles par l’utopie culturelle sous-jacente à sa création.  « Il y avait la volonté de créer un lieu qui permettrait des échanges importants dans la population, dans l’idée de créer une société nouvelle ».

L’utopie a été réalisée à certains égards. « Du point de vue urbanistique, on est parvenu à favoriser le piéton et décourager la voiture. Par contre, la mixité sociale n’a pas vraiment été atteinte, parce que les logements coûtent assez cher. »  La participation des citoyens à ce projet dès le départ et sur le long terme a permis le maintien d’une vision particulièrement humaine de la ville. Si au départ, les habitants ne se sont pas réunis pour lutter contre un projet, mais au contraire, pour y mettre leur propre pierre, avec le temps, leur rôle a parfois évolué. Ils ont été entendus, par exemple, lorsqu’ils ont contesté le projet de création d’une « crèche mammouth » de 100 places, et obtenu à la place une série de petites crèches plus conviviales, réparties dans la ville. Un autre débat important auquel ils ont pris part est celui qui a entouré, dès les années 1990, l’idée de créer un centre commercial. « Une partie de la population considérait que ce projet était issu d’un consumérisme excessif. Le centre commercial s’est quand même réalisé, mais la concertation a permis de trouver une formule beaucoup moins concentrée que celle qui était prévue au départ, avec notamment l’insertion d’une partie de ce centre dans la trame du tissu urbain. » Cet enjeu existe encore à l’heure où, la ville devenant presqu’adulte, une série de projets peuvent encore changer son visage dans les 10 à 20 ans à venir, comme par exemple l’extension du centre commercial, ou la mise en service d’un parking pour le RER. « Il y a donc à de nombreuses occasions une nécessité de se remobiliser pour défendre la qualité de vie. Aujourd’hui, la conception de Louvain-la-Neuve n’est plus tout à fait la même qu’à l’origine, et ses habitants se renouvellent, mais ceux-ci restent unis par la volonté de tendre vers l’utopie de ses débuts. »

© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: André Ransart

Catégorie: Toute l’histoire

Partagez: