Ligne de défense pour défense de lignes

Le 2 juin 1984, un dernier train de voyageurs passe sur la ligne 165 reliant Virton à Halanzy, Athus et Arlon. Créée l’année suivante, l’Association des Amis du Rail d’Halanzy va multiplier les démarches durant 22 ans pour obtenir la réouverture de cette ligne au trafic voyageur ! La victoire obtenue en 2007 doit sans nul doute beaucoup à la ténacité et aux convictions de ce petit groupe de passionnés du rail. « On n’a jamais baissé les bras et on a continué à insister auprès des décideurs de notre région et des instances de la S.N.C.B. pour qu’ils étudient la possibilité de réouverture de la ligne 165 au trafic voyageurs » explique Michaël Jacquemin, porte-parole de l’association. Malgré le spectacle quotidien du long ballet des navetteurs qui traversaient les villages situés le long de la N88 de Virton à Athus, le monde politique a longtemps fait la sourde-oreille. Un évènement, toutefois, a changé la donne : « La décision d’électrifier la ligne pour faciliter le trafic des marchandises sur l’Athus-Meuse a été une étape importante vers la réouverture au trafic voyageurs. Un second levier important a été la synergie qui s’est construite entre la S.N.C.B. et les Chemins de Fer Luxembourgeois. La politique ferroviaire du Grand-Duché est ambitieuse. Ils investissent massivement dans le ferroviaire pour désengorger les routes, en proposant des tarifs plus abordables que ceux qu’on pratique en Belgique, mais aussi en proposant des emplacements de parking gratuits et en quantité suffisante. » Pour créer une alternative crédible aux trajets en voiture vers le Grand-Duché du Luxembourg, ce dernier a dès lors accepté d’investir, au travers des CFL, dans la rénovation des installations de la ligne, la pose de nouveaux quais, et la création d’emplacements de parking gratuits aux abords immédiats des gares.

S’ils gardent un œil sur ce qu’il adviendra de la ligne 165 lorsque la convention garantissant son accès aux voyageurs touchera à sa fin en 2017, les Amis du Rail poursuivent aussi depuis lors leur croisade ferroviaire dans toute la Province du Luxembourg. Elle milite notamment pour la réouverture de la ligne 163, entre Bastogne et Libramont, deux agglomérations qui ne cessent de se développer, et dont les échanges socio-économiques se renforcent tous les jours. Et agit aussi sur d’autres plans, en montrant par exemple son mécontentement par rapport à la fermeture de gares, et en se battant pour une tarification transfrontalière harmonieuse avec les réseaux voisins, de manière à encourager réellement l’utilisation du train au départ d’une gare belge et ce, dans un rayon de 30 km en territoire belge.

« Cela reste malheureusement très dur aujourd’hui de convaincre le politique. Le nombre de niveaux de pouvoir dans le pays rend souvent difficile la moindre décision. La clé de répartition des investissements de la S.N.C.B. au niveau régional nous pénalise : la Flandre a réussi à faire passer certains grands projets en dehors des 60 % qui lui sont alloués, tandis que la Wallonie doit réaliser l’ensemble de ses projets sur les 40 % qui lui sont attribués. À cela s’ajoute un manque remarquable de vision à long terme : on a choisi de réaliser des gares pharaoniques, alors qu’on n’a pas les moyens de se le permettre, et qu’elles n’apportent rien à la mobilité. A l’heure du réchauffement climatique, c’est inadmissible. »

 


  Archives

2005 Dossier petites gares

 

© Photos: Collectif Huma

Nom du citoyen: Michaël Jacquemin

© Textes: Isabelle Masson

Catégorie: Toute l’histoire

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