La liaison dangereuse

C’est le monstre du Loch Ness wallon : depuis plus de 40 ans, le projet de liaison autoroutière Cerexhe-Heuseux-Beaufays provoque des remous dans le paysage médiatique chaque fois qu’il refait surface. L’idée de relier l’A3/E40 (Liège-Aachen) et l’E26/E25 (Liège-Luxembourg) en finalisant le contournement de la ville de Liège est née dès 1969. Inscrit au plan de secteur en 1973, ce projet est présenté depuis lors par les autorités responsables comme l’unique solution pour désengorger le centre-ville de Liège. Mais son caractère pharaonique et son impact sur l’est de Liège n’ont cessé depuis lors de remettre en question son opportunité. « En 2008, on évoquait un coût de 400 millions d’euros pour implanter 12,5 kilomètres d’autoroute, 3 viaducs et pas moins de 6 échangeurs dans cette zone extrêmement accidentée, véritable poumon vert à 10 kilomètres à peine du cœur de la ville, et ce pour un gain en mobilité dérisoire », se souvient Caroline Lamarche. L’écrivaine a rejoint le Groupement CHB, fer de lance de la lutte contre le projet, puis le Collectif Stop CHB au sein duquel une dizaine d’associations se mobilisent pour réclamer une étude globale et des propositions alternatives, à ce jour totalement absentes du débat.

En 2007, après s’être plongés dans les 900 pages de l’Etude d’Incidences sur l’Environnement, les membres du Collectif tentent d’attirer l’attention du Gouvernement wallon sur les conséquences désastreuses du projet exprimées en toutes lettres dans ce document. Outre de nombreuses expropriations et leur impact social, le projet détruira environ 174 ha de milieux naturels, dont 2 700 m2 du site Natura 2000 de la Basse vallée de la Vesdre, et 7 sites de grand ou de très grand intérêt biologique. De plus, il va à l’encontre du maintien des terres agricoles subsistantes. Enfin, et par rapport à son objectif, cette liaison autoroutière, loin d’améliorer la mobilité dans et autour de Liège, se soldera plutôt par un « statu quo » et va probablement accentuer le phénomène de périurbanisation, et donc la densité du trafic.

Comment expliquer dès lors que la coûteuse construction du « chaînon manquant » ait été remise à l’ordre du jour au cours des dernières législatures ? Pire, que rien n’ait été fait, pendant toutes ces années, pour étudier des alternatives à la liaison CHB, le plan urbain de mobilité mentionnant que celles-ci ne seront envisagées qu’après sa concrétisation ! Un tel manque de réalisme intrigue. Il soulève la question des aspects politiques du dossier abordé dans une conclusion révélatrice, en rupture avec la liste impressionnante de réserves, de mises en garde et de questions dressées dans les pages qui précèdent. L’Etude d’incidences conclut en effet qu’une mise en cause de CHB impliquerait « une mise en question d’une politique de développement en cours de réalisation et la remise en cause préalable de choix fondamentaux de société ». «Tout se passe comme si les politiques, en raison d’accords anciens, maintenaient sans réflexion un projet basé sur une planification datant des années soixante, époque du « tout à la route » et de l’énergie bon marché. La portée symbolique de ce dossier s’étend bien au-delà du territoire liégeois : CHB est l’emblème d’un aveuglement. Il désavoue l’évolution actuelle du climat, aujourd’hui reconnue, et les appels planétaires à des choix courageux et imaginatifs en matière environnementale et de mobilité ».

 

© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: Caroline Lamarche

Catégorie: Toute l’histoire

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