La cigogne noire comme ambassadrice

Lorsqu’en 1989, Gérard Jadoul découvre le premier nid de cigogne noire près de Saint-Hubert, il ignore que l’espèce existe dans ce paysage forestier dont il croit alors tout connaître ! Et pour cause : la cigogne noire, persécutée par le passé, avait disparu de région wallonne depuis près d’un siècle. Aux yeux de ce passionné et des autres amoureux de la forêt avec qui il va fonder, en 1992, l’asbl Solon, le retour de la cigogne noire apparaît d’emblée comme une opportunité de communiquer positivement sur la nécessité d’oeuvrer pour l’équilibre de l’écosystème forestier wallon. « Quand on constate que la biodiversité continue à se dégrader de façon vertigineuse, on a tendance à se dire « à quoi bon agir ? Sans occulter la situation parfois catastrophique de nombreuses espèces ou d’habitats qui se portent nettement moins bien, cette bonne nouvelle pouvait apporter un message d’espoir dans le monde souvent gris de la protection de la nature. »

De 1989 à 1995, les bénévoles de l’association ont d’abord eu la volonté de mieux connaître l’espèce et de la documenter par des photos et des vidéos. À partir de 1995, l’asbl Solon a ensuite participé à un vaste programme européen de baguage des cigognes noires. Depuis le début de cette opération, plus de 600 cigognes noires ont été munies de bagues en région wallonne, avec un taux de relecture de près de 20 % des oiseaux, et des résultats intéressants sur les voies migratoires de l’espèce…

Cette expérience a en outre permis de mettre en place des synergies intéressantes. « Le sponsoring du projet par Tractebel a montré que des partenariats bien cadrés avec le monde des entreprises étaient possibles. » Grâce à une collaboration étroite avec le Département Nature et Forêts, Solon a aussi pu «  désacraliser » la cigogne noire pour combiner sa conservation avec les activités humaines : « On a pu proposer aux forestiers des mesures suffisantes pour l’oiseau sans mettre ses sites d’habitat sous une cloche de verre. Mettre en place des contraintes trop drastiques est contreproductif. »

Après avoir développé un axe pédagogique original proposant au public scolaire d’exploiter les données récoltées au cours du suivi des migrations des cigognes noires, Solon a mené une autre opération d’envergure en 2001. En association avec le WWF, le projet « Flying over Natura 2000 » lui a permis de poser des balises Argos sur des cigognes noires en région wallonne, en France, au Grand-Duché de Luxembourg mais aussi en Tchéquie, en Lettonie et en Hongrie, puis de faire de ces cigognes noires de véritables ambassadrices du réseau Natura 2000 sur tout le continent grâce à des capsules vidéo de 3 minutes.

« Ce qui est fascinant avec cet animal migrateur, c’est qu’il nous montre que les enjeux environnementaux ont une dimension planétaire. Si ici, on peut se payer le luxe de classer 20 % du territoire européen en Natura 2000, peut-on se permettre de demander la même chose à des populations qui, ailleurs dans le monde, ont du mal à nouer les deux bouts ? » Pour Solon, ce qu’il faut aussi retenir du retour de la cigogne noire en Wallonie, c’est que des politiques menées avec une vision à long terme donnent de vrais résultats. « Si l’espèce s’est réinstallée chez nous en 1989, c’est sans doute en partie grâce au Code forestier de 1854, qui a été rédigé pour reconstituer la forêt qui avait reculé de façon dramatique au XIXe siècle. Or quelles politiques mène-t-on aujourd’hui en prévision de l’an 2100 ? »


  Archives

 

© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: Gérard Jadoul

Catégorie: Toute l’histoire

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