Incinérateur de déchets

En 1995, à Achêne, un projet de construction d’un incinérateur de déchets ménagers émeut les habitants de la région. Porté par la Sonat, Société namuroise de traitement des déchets constituée pour la cause, ce projet est conçu pour traiter annuellement 225.000 tonnes de déchets ménagers issus de l’ensemble des Provinces de Namur et de Luxembourg. Après avoir tergiversé sur la possibilité d’installer cet incinérateur ailleurs, c’est Achêne, petite agglomération de la Commune de Ciney, qui est choisie pour l’implantation du cinquième incinérateur de Wallonie. Estimant l’installation proposée à la pointe des technologies de l’époque, le promoteur espère obtenir rapidement un permis de bâtir. Mais de nombreux Cinaciens vont s’opposer au projet : plusieurs comités finiront par former l’ASBL Ciney-Environnement qui comptera jusqu’à 800 membres. Les opposants au projet ignorent alors encore qu’ils s’engagent dans un combat qui durera 10 ans. Pour Christine de Pret, membre du comité d’opposition dès la première heure, la particularité de cette lutte est d’avoir su dépasser l’effet NIMBY : « Ce que nous contestons, c’est l’idée même d’incinérer les déchets en provoquant des rejets de fumées chargées de dioxines et de métaux lourds. Parmi les milliers de tonnes de polluants rejetés dans l’atmosphère, on trouvait aussi 60 kilos de cadmium et 60 kilos de mercure. En termes d’environnement et de santé publique, c’était inadmissible ! »

Durant toute la longue saga qui a suivi, la population cinacienne a su poursuivre sa mobilisation de façon constante et déterminée. « C’était un combat très lourd et inégal car derrière ce projet se trouvaient en réalité des enjeux économiques énormes. Nos mandataires politiques étaient donc favorables à ce projet, et la plus grande difficulté fut de leur faire comprendre que la population ne voyait pas les choses de la même manière qu’eux. » Dans le cadre des procédures de demande de permis de bâtir, la réunion publique d’information a réuni plus de 1000 personnes. La réunion de concertation organisée suite à l’enquête publique a quant à elle duré toute la nuit ! « C’est finalement une consultation populaire organisée en 1996 qui a changé la donne : avec un taux de participation de 60 %, dont 90 % de NON et 6 % de OUI pour ce projet, nos élus communaux ont décidé de se rallier à l’avis de la population. » Loin d’être terminé, le combat s’est déplacé sur le terrain juridique. En 1998, la Sonat a en effet introduit un recours auprès des autorités provinciales. Après que la députation permanente ait accordé le permis de bâtir, la Ville de Ciney et les opposants ont mis sous pression les autorités de tutelle, dont le Ministre Michel LEBRUN, qui ont finalement refusé d’accorder le permis à la Sonat en mars 1999. L’escalade a touché à sa fin lorsqu’à la suite d’un ultime recours introduit par la Sonat auprès du Conseil d’Etat, celui-ci l’a rejeté le 14 juin 2005, fermant par la même occasion définitivement ce dossier. « Notre fierté, bien au-delà d’avoir évité ce projet à Ciney, est d’avoir contribué à ce qu’il n’y ait pas de cinquième incinérateur en Région wallonne. Une autre satisfaction est de voir que les alternatives que nous avons proposées, comme les solutions de prévention, de tri et de recyclage, ont été mises en place par le Bureau Economique de la Province de Namur. »

 

 

© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: Christine de Prêt

Catégorie: Toute l’histoire

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