La (trop) longue fin du nucléaire

En 1971, un groupe de militants pacifistes et écologistes d’Amérique du Nord parvient à mobiliser massivement le public et obtient la fin des essais nucléaires américains en surface. Suite à cette victoire, le mouvement se structure, et prend le nom évocateur de « Greenpeace ». Ses combats environnementaux se sont diversifiés, mais la lutte contre le nucléaire est toujours restée au coeur de ses engagements. Si Greenpeace Belgique n’existe officiellement que depuis 1984, ses militants s’étaient mobilisés dès les années 1970 contre l’installation de centrales nucléaires en France et en Belgique. Mais sur fond de crise pétrolière, les premiers réacteurs de Doel et Tihange ont été construits dès 1975, suivis par d’autres pour former un ensemble de 7 réacteurs assurant depuis lors +/-55 % de la production électrique belge. Il a ensuite fallu attendre 2003 pour qu’une loi, âprement négociée par Ecolo, fixe la sortie du nucléaire pour 2015. « C’était sans compter que cette victoire importante serait suivie d’une de ces sagas dont la Belgique a acquis la spécialité par sa complexité politique », explique Michel Genet, directeur général de Greenpeace Belgique de 2008 à 2015. « Le Gouvernement est ensuite tombé sans avoir eu le temps de mettre en place des mesures pour accompagner cette sortie du nucléaire. Le vrai problème, c’est que depuis lors, il n’y a pas de politique concertée de l’énergie en Belgique. En 2009, on a vu que l’échéance se rapprochait mais qu’on ne disposait pas encore d’assez de sources d’énergies alternatives pour compenser l’arrêt des réacteurs. Le Ministre de l’Energie de l’époque a tenté de faire accepter une prolongation de 10 ans mais le Gouvernement est à nouveau tombé. Et c’est durant les 500 jours de négociation qui ont suivi les élections que la catastrophe de Fukushima a eu lieu. Elle a rappelé que le nucléaire est dangereux, même dans une économie aussi développée que celle du Japon. S’en est suivi un changement de conscience : l’Allemagne, entre autres, a décidé de sortir totalement du nucléaire. Du côté belge, on a reparlé de la sortie du nucléaire dans les négociations gouvernementales, et décidé de fermer 2 centrales sur 3 en 2015, sans toutefois s’occuper des énergies alternatives, puisque celles-ci, hormis les éoliennes off shore, sont du ressort des régions. Puis les risques de black out ont surgi à l’été 2014 et laissé craindre des pannes d’électricité après l’arrêt des centrales. »

Depuis lors, les militants de Greenpeace ont mené plusieurs actions pour tenter d’éviter la prolongation des réacteurs nucléaires de Doel 1 et 2, ainsi que la relance de Tihange 2 et Doel 3, présentant de nombreuses « micro-fissures ». L’association a notamment saisi la justice pour tenter d’obliger la Belgique à respecter ses obligations internationales dans le cadre de la Convention d’Espoo : celle-ci stipule clairement que toute prolongation de la durée de vie d’un réacteur nucléaire doit faire l’objet d’une étude des incidences sur l’environnement et d’une consultation publique. Mais en 2015, la demande a été rejetée sur la forme (et non le fond), par le tribunal de première instance de Bruxelles, ouvrant la voie à ces prolongations. « La mobilisation reste indispensable : le changement climatique, auquel le nucléaire n’apporte pas de solution, nous montre qu’on doit aller vers du renouvelable et vers l’efficacité énergétique. »


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© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: Michel Genet

Catégorie: Toute l’histoire

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