Espaces pour Demain Belgique

C’est un des plus beaux panoramas de Wallonie : la vue sur la boucle de la Semois autour du petit village de Frahan, près de Bouillon, reste incontournable pour celui qui veut appréhender la beauté des paysages ardennais. Si aujourd’hui encore, beaucoup de touristes peuvent admirer ce tableau naturel depuis les hauteurs du village de Rochehaut, ils le doivent, entre autres, à l’association Espaces pour Demain Belgique. « Et en particulier, souligne Jean-Marie Dermagne, fondateur et président du conseil d’administration de cette asbl, à la personnalité de Renée-Christine Becquet. Cette bouillonnante Bouillonnaise n’a eu de cesse, jusqu’à son décès en 2001, de défendre le bien-être des habitants et les richesses naturelles de nos régions. C’est à la fois en tant que membre des Amis de la Terre et animatrice-fondatrice de notre association qu’elle a participé au combat qui a permis de mettre fin, en 1990, à deux décennies d’occupation destructrice de ce site patrimonial par des campings illégaux.»

L’association Espaces pour demain avait été fondée dix ans plus tôt pour lutter contre l’émergence, depuis les années 1970, de différentes formes de tourisme à grand impact sur le patrimoine naturel et paysager : « Les villages de vacances, parcs résidentiels et autres campings se multipliaient, en Wallonie comme ailleurs en Europe. Notre objectif était d’éviter chaque fois que possible ce modèle de ‘tourisme concentrationnaire’, très destructeur pour le patrimoine naturel et plus largement pour le cadre de vie de ceux qui y étaient confrontés. »

En plus des actions juridiques et d’autres moyens de pression classiques, l’association a choisi d’adopter une stratégie aussi originale qu’ingénieuse pour parvenir à contrer les velléités conquérantes des promoteurs de projets de tourisme industriel : « Une des techniques de ces groupes aux moyens financiers souvent importants était d’invoquer le fait que leur projet amènerait un développement économique à la région. Cet argument pouvait suffire à justifier des expropriations.

En s’inspirant modestement du National Trust britannique, on a réussi à faire avorter des projets en achetant des parcelles de terre puis en morcelant leur propriété en une multitude de parts. Comme certains de nos membres-propriétaires étaient à l’étranger ou que leurs biens jouissaient d’un statut de protection judiciaire particulier, cela compliquait les démarches d’expropriation au point souvent de les rendre dissuasives ! »

Au fil des années, l’association a aussi utilisé cette stratégie pour protéger des terrains confrontés à d’autres types de menaces que les projets touristiques de masse. Si elle a gagné de cette façon son combat contre l’installation d’un barrage sur la Houille, elle n’a pas remporté toutes ses batailles.

« Les terrains acquis sur le tracé de l’actuelle autoroute A8 Tournai-Bruxelles ont été déplacés par une opération de remembrement rural. Nous n’avons pas pu éviter non plus la construction du Sunpark de Vielsalm, mais notre lutte a contribué à rendre la législation plus exigeante, et à pousser les pouvoirs publics à privilégier le choix d’un tourisme diffus, plus durable. Depuis le début des années 2000, ces projets de tourisme industriel sont devenus plus rares… Et notre association, moins active, reste propriétaire de nombreux terrains où la nature a repris ses droits ! »

© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: Jean-Marie Dermagne

Catégorie: Toute l’histoire

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