Echouage sur les rives de la Vesdre

En décembre 2005, la société Forum Invest et la Commune de Verviers organisent une présentation d’un projet de centre commercial au centre-ville. Cette réunion s’adresse aux commerçants locaux, mais une poignée de simples citoyens, intrigués, y assistent. « On est sortis de là atterrés, se souvient Jean-Noël Crickboom. Le bâtiment proposé allait couvrir la Vesdre sur 250 mètres de long et 40.000 mètres carrés ! » Avec d’autres citoyens, le Verviétois fonde le collectif Vesdre-Avenir dès janvier 2006 pour contrecarrer le projet. « La Vesdre fait partie de l’identité de la ville ! C’est grâce à son eau que Verviers est devenue une importante cité lainière au XIXe siècle. Alors qu’ailleurs dans le monde, on valorise les berges de rivières, on allait nous priver du dernier lieu de la ville où la Vesdre était restée accessible. Dans le contexte d’une vallée encaissée et fortement urbanisée, où beaucoup d’habitants n’ont même pas de jardin, c’était aussi la qualité de vie des citadins que ce projet remettait en cause! »

Face aux arguments de Vesdre-Avenir, les promoteurs du projet en brandissent d’autres : le centre commercial offre selon eux l’opportunité de faire revivre un centre-ville qui se meurt, et d’y créer de l’emploi. Pour calmer les esprits, une nouvelle version du projet, de 150 mètres de long mais couvrant toujours la rivière, est proposée en 2006. Pour Vesdre-Avenir, celle-ci reste inacceptable. La même année, Benoît Lutgen, Ministre wallon de l’Environnement déclare qu’il n’est pas question que la Vesdre soit couverte. Le projet est alors revu une nouvelle fois : avec 20.000 mètres carrés au sol et 6 étages, c’est l’équivalent de 2 Titanic qui s’échouent sur une des rives de la Vesdre. La résistance citoyenne envisage alors tous les moyens possibles pour donner une taille plus humaine et une forme plus durable au projet. « On a introduit une demande de consultation populaire auprès de la Commune. Il fallait 5.400 signatures pour obliger la Ville à l’organiser, on en a recueilli 7114. Mais le ministre Courard a décrété que cette consultation populaire ne pourrait se faire car les travaux envisagés relèvent de la compétence exclusive de la Direction des cours d’eau non navigables de la Région wallonne. » Les membres de Vesdre-Avenir ne baissent pas les bras pour autant : ils remettent aux autorités communales une pétition signée par 20.000 personnes, organisent une exposition proposant des alternatives, et reçoivent même le soutien de nombreux spécialistes dont Luc Schuiten. L’architecte urbaniste de renommée internationale crée bénévolement une proposition d’aménagement des berges de la Vesdre sensible et réaliste, ramenant de la vie au cœur de la cité.

« Mais le combat ne se faisait pas à armes égales. En 2010, le permis d’urbanisme a été attribué au promoteur par le Ministre de l’environnement Philippe Henry, et contre toute attente, notre recours en suspension au Conseil d’Etat a été rejeté. » En 2013, indignés de voir le peu d’attention accordée à leurs idées malgré 8 années de mobilisation intense, les membres de Vesdre-Avenir ont décidé de d’arrêter la lutte. « On s’est sentis snobés par les politiciens de tous bords. Nos préoccupations s’étendent au-delà des questions environnementales, mais elles n’ont pas été entendues. Est-ce ce modèle de société et cette politique à court terme que l’on veut pour l’avenir ? »


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© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: Jean-Noël Crickboom

Catégorie: Toute l’histoire

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