Code Forestier

Avec sa popularisation dans les années 1990, le quad a fait naître des crispations parmi les randonneurs et autres usagers doux des sentiers et chemins de promenade. Les gestionnaires et protecteurs de la nature, eux aussi, ont réclamé que les engins motorisés de loisir soient tenus à l’écart des milieux naturels, pour en préserver la quiétude. En Wallonie, ce débat a pris une tournure particulièrement vive en 1995. Le Ministre Lutgen, en charge l’Environnement et la Division Nature et Forêts, propose cette année-là une réforme du Code Forestier de 1854 dans l’objectif de mieux équilibrer les usages de la forêt et de maintenir sa richesse naturelle. Les randonneurs, promeneurs et associations diverses s’occupant de baliser des itinéraires touristiques se sont alors mobilisés pour revendiquer la préservation de l’accès à la forêt pour ses usagers doux, et la fin de diverses situations d’abus. « C’est dans ce contexte, pour nous faire entendre et disposer d’un certain crédit, que la Fédération Wallonne des Concepteurs d’Itinéraires Balisés s’est créée », se rappelle Albert Stassen, Président du Conseil d’administration de l’asbl qui a depuis lors pris le nom raccourci d’Itinéraires Wallonie. « Nous avons été entendus : les usages doux ont été garantis tandis que les engins motorisés ont été pratiquement exclus des forêts. Ce fut une vraie victoire, d’autant qu’une fois le décret promulgué, la Division Nature et Forêts nous a proposé de collaborer à l’élaboration du cahier de balisage à l’usage des réalisateurs d’itinéraires. »

Dans la foulée de ce combat, l’association a régulièrement mis ses compétences à profit pour contrer la disparition lente et progressive des sentiers et chemins. « Avec d’autres associations comme Sentiers.be, on a notamment appuyé le nouveau décret relatif aux voiries communales qui a été voté au Parlement wallon en 2014 pour remplacer la loi du 10 avril 1841 dont certaines dispositions devenus obsolètes causaient du tort à la conservation des sentiers. »

L’asbl s’est montrée très active aussi dans la lutte contre un autre phénomène : l’entrave ou l’accaparement par des privés de chemins d’accès publics. Quelques propriétaires ou exploitants forestiers laissent parfois volontairement des résidus d’élagages sur les sentiers : le but de cette pseudo-négligence est en fait de dissuader les promeneurs de circuler à ces endroits. D’autres n’hésitent pas à poser des barrières ou des panneaux dissuasifs. Pour lutter contre ces entraves, Itinéraires Wallonie a parfois utilisé des moyens originaux. Ainsi, en 2007, lasse de multiplier des démarches infructueuses depuis 3 ans, l’association a organisé une activité consistant à emprunter 3 chemins publics dans le Bois de la Marlagne, à Floreffe. « Le prince d’Arenberg avait fait placer des panneaux qui stipulaient, à tort, que ces chemins étaient privés et que tout passage y était passible d’amende. En présence de la presse et de plusieurs dizaines de promeneurs, nous avons paisiblement parcouru le chemin vicinal traversant le bois jusqu’à ce qu’on se retrouve bloqués par le cordon de gardes que le Prince avait envoyés barrer le chemin ! Ceux-ci nous ont finalement laissés passer. Cette rando-manifestation n’a pas résolu tous les problèmes, mais elle nous a permis de faire passer un message : le meilleur moyen de défendre les sentiers publics, c’est de les fréquenter ! »

© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: André Stassen

Catégorie: Toute l’histoire

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