Cité Ardente

À l’été 2007, dans le contexte du débat très intense sur la création d’un contournement autoroutier à l’Est de Liège (la « liaison CHB »), des habitants de la Cité ardente s’organisent pour refuser ce projet et appuyer les opposants historiques à l’autoroute. Mais ce groupe, qui se structurera très rapidement au sein de l’asbl urbAgora, ne se contente pas de rejeter l’idée d’une autoroute : il fédère des citoyens désireux de s’impliquer dans une réflexion en profondeur sur la qualité de vie en ville. « Notre volonté a été dès le départ de croiser les questions d’aménagement du territoire avec celles de mobilité, de justice sociale, d’accès au logement et aux espaces verts », explique François Schreuer, militant de la première heure devenu coordinateur de l’association. « On était convaincus que CHB accentuerait le phénomène d’exode urbain qui n’a jamais cessé, à Liège, depuis les années 1950, et donc que cela appauvrirait un peu plus la ville, tout en accentuant la pression automobile que subissent ses habitants. On a lancé une pétition intitulée ‘Oui au tram, non à l’autoroute’ pour réclamer que les fonds régionaux prévus pour l’autoroute soient prioritairement consacrés au transport public, et notamment à la création d’un réseau de tram et d’un Réseau express ferroviaire. » Au terme de deux années de mobilisation rythmées par des manifestations, des conférences et des publications, le choix a été posé, dans le cadre de la formation du gouvernement régional en 2009, de mettre l’autoroute « CHB » en stand-by et de lancer le projet du tram.

Mais le projet, tel qu’il a été élaboré par les autorités régionales wallonnes, dans l’urgence du rétro-planning du projet d’exposition internationale de 2017, laisse les militants d’urbAgora extrêmement sceptiques. Ceux-ci regrettent en particulier le choix d’un tracé qui donne la priorité à la pénétration urbaine plutôt qu’à la desserte des quartiers denses. « Ce tracé ne dessert pas la rive droite de la Meuse, pourtant plus peuplée que la rive gauche. Et puis le tram, dans cette version du projet, semble aussi pensé comme un concurrent du rail plutôt que comme son complément : il suffit de voir pour cela le peu d’intermodalité prévue avec les gares SNCB, qu’elles soient existantes ou à réouvrir. » Aux yeux d’urbAgora, le choix d’un « Partenariat public privé » pour réaliser le tram paraît également une mauvaise option en raison des contraintes et surcoûts conséquents qu’il entraîne. En 2015, EUROSTAT a d’ailleurs recalé le projet à deux reprises pour cette raison, laissant l’avenir du tram liégeois dans l’incertitude. Le Réseau express liégeois semble quant à lui bien parti pour se concrétiser, mais la majorité des forces politiques de la région cherche à remettre l’autoroute CHB à l’agenda. Si la mobilisation reste de mise au sein d’urbAgora, l’association plaide avant tout pour qu’un travail de fond soit enfin réalisé en vue de construire la ville de demain. « Alors que l’agglomération liégeoise compte chaque année davantage d’habitants, les enjeux sont importants. On continue à penser que le tram devrait nous aider à rééquilibrer l’espace urbain, notamment en revalorisant des quartiers denses, et en donnant davantage de place à la mobilité douce et aux espaces verts. Mais ce que nous défendons, au-delà de ces questions, c’est l’idée d’ouvrir le débat au public ! »

© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: François Schreuer

Catégorie: Toute l’histoire

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