Changer le monde dans son assiette

Aujourd’hui, plus d’un tiers de la production alimentaire mondiale est gaspillé, de la fourche à la fourchette. Depuis plusieurs années, cette problématique est venue élargir le champ d’intervention des acteurs engagés pour l’environnement. Au sein de l’association Espace Environnement, active depuis plus de 40 ans en matière de cadre de vie et de consommation responsable, cette préoccupation a émergé à travers la mise en place de plans territoriaux de réduction des déchets : « Les premiers conseils donnés alors aux citoyens dans le cadre de ces campagnes, c’était de boire de l’eau du robinet, de faire du compost et, surtout, de réduire les quantités d’emballages ramenées du supermarché. Au contact du public, nous nous sommes progressivement rendu compte qu’à force de focaliser sur les contenants, nous passions peut-être à côté de l’essentiel : l’impact environnemental du contenu, c’est-à-dire de l’alimentation, surtout quand elle est jetée sans avoir été consommée ! » explique Serge Vogels, Secrétaire général. Espace Environnement s’est alors lancée, dès 2008, dans la préparation d’un projet Interreg pour aborder la question à l’échelle de l’Europe du Nord-Ouest, en visant 4 lieux emblématiques : la maison, la cantine, le supermarché, le restaurant : « Aujourd’hui, tout le monde parle de réduction du gaspillage alimentaire comme d’une priorité – et tant mieux ! -, mais à l’époque, nous avons eu du mal à convaincre. Nous étions en avance sur ce sujet. Mais nous nous sommes accrochés ! » Grâce aux acquis du projet GreenCook, la réflexion d’Espace Environnement s’est aussi élargie : « Nous avons compris qu’il était impossible d’espérer réduire le gaspillage sans questionner, plus largement, les pratiques alimentaires : il faut impérativement comprendre les raisons pour lesquelles de la nourriture est jetée pour pouvoir mettre en place des stratégies de réduction du gaspillage adaptées ! »

C’est la raison pour laquelle, en 2014, l’association a mis en place et co-animé, avec IEW, un « Défi Alimentation Durable » inédit. Le projet, financé par la Wallonie, visait à accompagner 12 familles sur le chemin de l’alimentation durable en les aidant à changer, petit à petit, de regard sur le contenu de leur assiette. Cette expérience s’est avérée très riche : « Manger durable passe par une multitude de gestes possibles : réduire son gaspillage alimentaire, bien sûr, mais aussi acheter local, de saison, bio ou équitable, choisir des poissons issus de la pêche durable, limiter sa consommation de viande… Dans le panel de solutions qui existent, chacun doit pouvoir décider lui-même de celles qui lui conviennent le mieux, au regard de ses contraintes et opportunités personnelles. »

Le thème de l’alimentation durable est une marmite bouillonnante dans laquelle chaque réflexion ou expérience en appelle une autre : « Notre nouveau défi est de développer des outils adaptés qui nous permettront de travailler avec des publics plus fragilisés, en difficulté d’autonomie alimentaire. L’objectif est de contribuer à réduire non seulement les impacts environnementaux liés à l’alimentation, mais aussi les inégalités sociales de santé. Il s’agira de mettre les citoyens en mouvement pour redonner du sens et de la valeur à ce que nous mangeons, ainsi qu’au travail des producteurs. C’est le meilleur moyen de favoriser une alimentation durable, au quotidien et pour tous. »

© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: Serge Vogels

Catégorie: Toute l’histoire

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