Après Seveso, prévenir les risques

Le 10 juillet 1976, en Italie, un nuage de dioxine s’échappe accidentellement de l’usine chimique Icmesa. En Belgique comme ailleurs dans le monde, on ignore encore que la commune de Seveso, sévèrement touchée par la pollution, deviendra célèbre en donnant son nom à cette catastrophe majeure. Quelques jours après l’accident, la teneur toxique des vapeurs est révélée : il s’agit d’une forme de dioxine, substance encore peu connue à l’époque, bien que présente dans l’agent Orange utilisé au Vietnam par l’armée américaine. Il faut néanmoins encore attendre deux semaines pour que 15 000 habitants de la zone touchée commencent à être évacués…

François Roelants du Vivier, alors Secrétaire général d’IEW, se souvient de la prise de conscience qui a suivi cet événement marquant : « On ne savait pas encore que cette pollution allait générer des années plus tard une augmentation des taux de cancer et des troubles de la fonction thyroïdienne au sein de la population exposée. Mais des habitants se plaignaient déjà d’éruptions de chloracné, une forme d’acné particulièrement virulente. Les arbres de la région s’étaient mis à perdre leurs feuilles et des animaux domestiques mouraient. On a réalisé que ce type de catastrophe environnementale pouvait se passer ailleurs dans le monde et notamment chez nous en Belgique, où de nombreuses industries sont implantées au cœur de zones très urbanisées, à forte de densité de population. » Dès ce moment, IEW a participé à un mouvement de pression sur les Etats européens pour la mise en œuvre d’une politique commune en matière de prévention des risques industriels majeurs. « Ce fut un travail de longue haleine, très technique : il a fallu identifier les sites industriels et prévoir des mesures en fonction du type de risque. La directive Seveso, mise en place en 1982, est depuis lors régulièrement adaptée, en fonction des progrès techniques et scientifiques. C’est un processus nécessaire pour assurer la meilleure sécurité possible pour la population. »

Mais la catastrophe eut d’autres épilogues. En 1982, le groupe suisse Hoffmann-La Roche, propriétaire de l’usine Icmesa, décide de vider le cœur du réacteur de son contenu toxique : 41 fûts de déchets contaminés par la dioxine sont alors sensés être transportés en Suisse pour y être incinérés. Mais, après le passage de la frontière italienne à Vintimille, les fûts s’évanouissent dans la nature. On ne retrouve leurs traces qu’en mai 1983, dans un abattoir désaffecté du Nord de la France. « On s’est alors rendus compte que les mouvements transfrontaliers de déchets dangereux étaient un problème qu’il fallait régler au niveau international. D’autres problèmes apparus à cette époque montraient qu’une mafia s’était aussi organisée pour déverser les déchets dangereux dans des pays non-industrialisés ». S’il a fallu attendre 1989 pour que la Convention de Bâle interdise enfin aux Etats de l’OCDE d’envoyer leurs déchets toxiques dans des Etats tiers, celle-ci a poussé le monde industriel à revoir les processus de fabrication pour limiter la production de déchets toxiques. « Au-delà des modifications du cadre légal, cette victoire a été remportée sur un plan culturel : cette longue histoire montre que des combats environnementaux qui apparaissent difficiles au départ peuvent être gagnés et donner des résultats positifs pour l’environnement et pour la population sur le long terme! »

 

© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: François Roelants du Vivier

Catégorie: Toute l’histoire

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