Amis de la Forêt de Soignes

Vénérable centenaire, la Ligue des Amis de la Forêt de Soignes a la particularité d’avoir vu évoluer la conscience écologique et citoyenne au cours du siècle dernier. La plus ancienne association de protection de la nature de Belgique a été fondée en 1909 par le peintre René Stevens, l’écrivain Emile Verhaeren et d’autres personnalités bruxelloises. L’objectif à cette époque était de préserver les aspects esthétique et culturel du massif forestier. « La forêt de Soignes venait de subir des amputations sensibles », raconte Jacques Sténuit, actuel Président du conseil d’administration de l’association. « On y avait construit deux hippodromes et une piste d’entraînement pour chevaux de course, ainsi qu’un réservoir d’eau et un sanatorium, et une foule d’autres menaces s’annonçaient… »

Au fil des décennies, l’association a élargi ses objectifs pour prendre en compte les fonctions écologiques du massif forestier. « Cette tendance s’est particulièrement marquée après la Seconde Guerre mondiale : lorsque des scientifiques se sont intéressés au combat des protecteurs de la nature, on a pu compter sur davantage d’armes pour défendre la nature, grâce à leurs études universitaires. » En 1959, le classement de la forêt de Soignes dans la liste officielle des Monuments et Sites garantit en théorie sa préservation puisqu’il interdit toute diminution de sa superficie. Dans les faits, la Ligue des Amis de la Forêt de Soignes n’a jamais dû cesser de protéger le massif forestier et en particulier ses lisières, régulièrement menacées par la pression immobilière et l’extension des réseaux routiers et ferroviaires : bouclage du ring de Bruxelles, aménagement du carrefour Léonard, élargissement de la ligne de chemin de fer 161 Bruxelles-Namur découlant de la construction du RER,… « Des projets réapparaissent périodiquement, ce qui nous demande une attention constante car, parfois, ils finissent par se concrétiser ! »

Grâce à leur mobilisation constante, les Amis de la Forêt de Soignes ont par ailleurs obtenu que des réserves et zones de protection spéciale soient constituées au sein de la forêt. « L’ensemble des réserves naturelles, forestières et des zones spéciales de protection, comme celles de protection du chevreuil par exemple, constituent 40 % de la surface de la forêt de Soignes en région bruxelloise, et les réserves forestières intégrales situées en région flamande ont de belles superficies ». Fait exceptionnel, alors que 56 % de la Forêt de Soignes sont gérés par la Région flamande, 6 % par la Région wallonne et 38 % par la Région de Bruxelles-Capitale, les trois Régions ont réussi à unir leurs efforts pour que l’ensemble de ce poumon vert de 4383 hectares soit classé depuis 2004 comme Zone Natura 2000. « Notre combat principal, aujourd’hui, est de soutenir une gestion de la forêt qui permette de la protéger contre les influences négatives de l’évolution du climat. Les scientifiques ont montré que la hêtraie cathédrale, plantée au dix-huitième siècle, ne résistera pas aux changements climatiques. On va se diriger progressivement vers une forêt mélangée, avec une diversité d’essences plus résistantes qui amèneront en outre avec elles davantage d’espèces animales et végétales… L’enjeu, c’est d’évoluer en même temps que la nature et les sciences de la nature. »

© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: Jacques Sténuit

Catégorie: Toute l’histoire

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