L’affaire Mellery, cas d’école

En 1989, des habitants de Mellery s’insurgent contre le projet de Cockerill-Sambre d’utiliser l’ancienne sablière de Gentissart pour y déverser ses déchets industriels. Excédés par le trafic incessant de camions vers Mellery, ils décident d’aller en référé au Tribunal de Nivelles et, à leur grande surprise, obtiennent l’interdiction de déverser. Encouragés par cette victoire, des habitants de la rue de Thébais s’interrogent à propos de la couleur suspecte des écoulements des eaux de leurs jardins en direction du ruisseau qui traverse le village. Une analyse réalisée par les Facultés agronomiques de Gembloux révèle une pollution en métaux lourds et autres polluants fortement toxiques provenant de la décharge toute proche. L’« affaire Mellery » est née. Mais le Comité d’Action pour la Défense de l’Environnement à Villers-la-Ville qui se crée alors ignore qu’il s’embarque dans une saga judiciaire de plus de 20 ans !

Le Cadev s’est en effet engagé au civil à Nivelles et au pénal à Anvers dans le but de confronter à leurs responsabilités l’exploitant de la décharge, les organisateurs du trafic de déchets dangereux, et les politiques qui ont délivré les autorisations sans procéder à aucun contrôle. « Officiellement, explique Benoit Tonneau, actuel Président du CADEV, certaines de ces actions ne sont pas encore terminées. La Cour de Cassation doit encore se prononcer pour clore l’affaire. Mais nous ne nous faisons pas d’illusions : les années ont passé, et le pollueur est décédé entretemps… »

Parallèlement à ces combats, le Cadev s’est aussi battu pour obtenir un suivi médical des riverains qui avaient été exposés à la pollution de l’eau mais aussi et surtout à des gaz cancérigènes (benzène, toluène) en provenance de la décomposition des déchets et qui pénétraient dans les caves des riverains. « Là aussi, il y a eu de multiples rebondissements : la Région wallonne et la Communauté française se sont rejetées la responsabilité du financement pendant des années. Et malheureusement, quand une convention sur un protocole de suivi médical est enfin intervenue en 2003, il était beaucoup trop tard : beaucoup d’habitants avaient déjà quitté le village et très peu de personnes en ont profité. »

« On a obtenu l’assainissement du site en 1990, et même si on a renoncé à poursuivre le suivi médical en 2006, la médiatisation de l’affaire nous a permis d’interpeler les politiques, et de contribuer à faire évoluer la législation environnementale ». Une couverture étanche empêche l’eau de pénétrer dans la décharge. Des tuyères plongeant au cœur des déchets ont aspiré les gaz pendant des années pour les brûler dans une torchère. Leurs résidus sont aujourd’hui filtrés par charbon actif, tandis que les eaux qui s’écoulent de la décharge sont stoppées par un rideau de puits de pompage et envoyées vers une station d’épuration. La Spaque a été spécialement créée à l’époque pour gérer ce problème, et a poursuivi depuis lors ses activités dans la réhabilitation de friches industrielles et de décharges. « Contre toute attente, cette histoire fut aussi une formidable aventure humaine. Qui aurait parié que 25 ans après l’éclatement du scandale de la décharge de Mellery, le Cadev existerait toujours pour traiter d’autres questions d’environnement dans l’entité ? Aujourd’hui, nos priorités portent notamment sur l’aménagement du territoire, la protection de la biodiversité et la mobilité. »


  Archives

RE 1992 Mellery
RE 1999 Mellery

 

© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: Benoit Tonneau

Catégorie: Toute l’histoire

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