Action Nature

Dans les combats environnementaux comme dans la vie, la réussite se trouve souvent un pas au-delà de l’échec. Encore faut-il pouvoir le surmonter. Après avoir échoué dans la lutte qui a justifié sa création, l’association Action Nature, a réussi cet exploit… En 1999, dans la région de Lessines, une ancienne carrière de porphyre, devenue un écrin naturel d’exception, est menacée par un projet digne d’un mauvais film de science-fiction : un promoteur projette d’y construire le plus grand domaine skiable artificiel d’Europe. Sur le site web qui décrit le projet Snow Games, les mots choisis sont éloquents : le « rêve fou » de l’architecte Jean-Marc Wellens est d’utiliser ce « trou de carrière abandonné » pour installer des pistes de ski et leurs canons à neige, dans un vaste centre de loisirs couvert. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. L’eau de la carrière permettra de créer la neige et d’alimenter les diverses piscines ludiques… Et le projet « conçu dans un souci de haute performance énergétique » fournira « de nombreux emplois ».

Face aux arguments de ce Goliath promettant monts et merveilles économiques, ceux du petit David ont du mal à faire le poids dans la balance des autorités locales et régionales… « Ce que le promoteur désigne comme un simple « trou » concentre en fait une grande part des richesses biologiques de la région », explique Gérard Thèves, responsable d’Action Nature. « Les falaises, remblais, plans d’eau de la carrière Cosyns accueillent une faune et une flore exceptionnelles et diversifiées, avec plusieurs espèces d’orchidées et plantes rares, ainsi que le faucon pèlerin…» C’est dans l’espoir de protéger ce milieu qu’à l’initiative d’Action Nature, une quinzaine d’associations environnementales forment en 2001 la Coordination pour la Sauvegarde des Carrières de Lessines. Comme dans de nombreux conflits en matière d’aménagement du territoire, la suite de l’histoire s’étale, au fil d’une procédure, sur plusieurs années…

« Malgré une large mobilisation, le site a été déclassé de zone naturelle en zone de loisirs en 2002. Ni la pétition qui a recueilli plus de 11.000 signatures en 2007, ni les multiples recours introduits ne sont parvenus à empêcher qu’un permis unique global soit délivré, malgré les incertitudes nombreuses qui subsistaient et subsistent encore quant à la faisabilité de ce projet tant au niveau technique qu’au niveau financier. » Mais alors que les travaux devaient commencer de manière significative en 2013, ils n’étaient pas encore entamés fin 2015. Au cours d’une première phase de comblement, plusieurs irrégularités ont par contre été constatées par l’Unité de Répression des pollutions. L’association Action Nature aurait-elle eu raison trop tôt ? Elle avait craint en effet que ce projet mégalomaniaque ne soit qu’un écran de fumée permettant à un exploitant peu scrupuleux de réaliser des profits faciles, en comblant un site naturel qui serait ensuite laissé à l’abandon pour cause de faillite… « Nous n’avons pas été entendus, mais nous nous sommes relevés de cet échec en nous concentrant sur des actions concrètes et positives : depuis quelques années nous gérons avec l’accord des Carrières Unies de Porphyre une autre ancienne carrière inondée, dans le but d’y créer une réserve naturelle. Etang, mares, prairie sèche, zones boisées y forment un environnement propice à l’accueil de plusieurs espèces protégées. »


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© Photos: Collectif Huma

© Textes: Isabelle Masson

Nom du citoyen: Gérard Thèves

Catégorie: Toute l’histoire

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